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DAF : vous aussi vous faîtes vos prévisions budgétaires à l'intuition?

Posté(e) par  Paul-Henri Lambert

Que cherchent les entreprises lorsqu’elles recrutent leur directeur financier ? Si les principales missions du DAF sont bien connues, son recrutement est souvent associé à une volonté d’améliorer les processus et flux d’informations financiers de l’entreprise mais aussi à l’objectif de fiabiliser les prévisions budgétaires.

Pour autant et comme l’a dit le célèbre physicien danois Niels Bohr: « la prévision est toujours très difficile, surtout lorsqu’elle concerne le futur ».

C’est pour cette raison que les entreprises recrutent des directeurs financiers avec une expérience significative et variée ; ils auront ainsi connu des situations complexes sur lesquelles ils pourront capitaliser afin de mieux anticiper l’évolution des prévisions budgétaires. Car le DAF est avant tout un Business Partner, il doit contribuer au développement de l’entreprise et l’intuition issue de son expérience peut compter énormément dans certaines situations…

L’intuition ? Comment pourrait-on parler d’intuition lorsque l’on évoque les prévisions budgétaires d’une entreprise ? En effet, lorsque l’on cherche à se projeter dans l’avenir, il a plutôt toujours été question de s’en remettre à des processus rationnels pour analyser, mesurer et comparer différentes hypothèses. Mais ne serait-ce pas un préjugé que d’écarter l’intuition ? Est-ce que les entreprises seraient désormais conscientes qu’elles devraient être davantage à l’écoute des intuitions de leurs responsables financiers pour améliorer la qualité des prévisions budgétaires ? La question est posée…

 

 

La force de l’intuition face aux aléas qui impactent les budgets…

Si notre système éducatif, tout comme l’organisation de la plupart des grandes entreprises, laisse peu de place à l’intuition en lui préférant la prise de décision rationnelle, il semble que l’on assiste aujourd’hui à une certaine reconsidération de cette faculté qui nous permet, dans certaines circonstances, de « pressentir » quelque chose : d’une réaction de notre interlocuteur à une évolution de notre environnement, elle nous permet de prendre la bonne décision plus rapidement en « percevant » ce que l’on ne voit pas immédiatement…

Dans ce cas, l’intuition du directeur financier peut-elle s’appliquer de la même manière à détecter des « signaux faibles » lors d’une opération de croissance externe ou dans des discussions d’investissements liés aux prévisions budgétaires par exemple ? Des signaux faibles peu visibles spontanément mais qui identifiés plus rapidement par l’intuition du DAF lui permettrait d’être plus réactif ?

C’est en tout cas un avis partagé par Christophe Haag, professeur en comportement organisationnel à l’EM Lyon Business School, qui s’est intéressé il y a quelques années au pouvoir de l’intuition dans la prise de décision et avait publié les résultats de son enquête dans un livre intitulé « La Poulpe Attitude ». Des résultats qui montraient combien utiliser notre intuition favorise plus souvent qu’on ne l’imagine le choix de la bonne solution en entreprise, y compris dans des situations complexes.

Une nouvelle donne également mise en lumière par des chercheurs de la Columbia Business School et l’Université d’Oxford qui avaient publié en 2012 les résultats de leur étude « Feeling the Future : the emotional Oracle Effect » montrant que les « intuitifs » réalisaient de bien meilleures prévisions que les rationnels dans quasiment tous types de situation…

Dans notre contexte économique où toutes les entreprises cherchent à innover en permanence pour obtenir de nouveaux avantages concurrentiels mais font face également à un resserrement de leurs moyens financiers, il est évidemment hors de question de se passer des analyses rationnelles. Pour autant, accorder une audience équilibrée entre ces procédés et les intuitions apporterait vraisemblablement davantage de créativité et de réactivité... Car s’il est évident que l’intuition est par nature irrationnelle et ne fonctionnera pas systématiquement, elle reste très souvent un vrai raccourci vers la bonne solution à adopter.

 

 

En termes de prévisions budgétaires, l’intuition issue de l’expérience compte…

Rappelé de manière humoristique par Christophe Haag dans son analogie à la « famille des blonds » : l’expérience accumulée au cours de situations répétées et sans cesse améliorées dans le milieu professionnel permet à certaines personnes de réaliser des actions et de prendre des décisions de manière fluide et rapide quasi automatiquement, autrement dit « de manière intuitive ». Comme le grand chef de cuisine dont un regard suffit pour voir ce qui ne va pas en cuisine, les directeurs financiers expérimentés décèlent très rapidement ce qui ne va pas dans des prévisions budgétaires.

Seulement, est-ce que beaucoup de directeurs financiers laissent libre cours à leur intuition ? Peuvent-ils le faire d’ailleurs puisqu’en tant que « gardiens du temple », ils ont appris à rester prudent et avoir une approche rationnelle les conduisant à vérifier et simuler différentes hypothèses afin de toujours prendre leurs décisions sur la base d’informations fiables.

Or c’est bien là le cœur du sujet puisque la fiabilité de l’information pour les prévisions budgétaires correspond autant à la qualité des données disponibles qu’à d’éventuelles données manquantes. Des données comme les propositions commerciales, un rapport d’avancement de projet ou un bilan d’affaire intermédiaire, etc. qui viendraient tempérer ou au contraire améliorer certains scénarios de planification budgétaire. Dès lors, l’intuition acquise par le directeur financier lors de ses expériences peut le conduire à ne pas se contenter de la lecture directe des chiffres ou des résultats de formules de prévisions mais bien de voir au-delà, voir ce qui est invisible et demander instinctivement des informations complémentaires imprévues visant à conforter ou non son intuition.

 

 

Prévisions budgétaires : le compromis entre rigueur et intuition

La rigueur intrinsèque au pilotage de la performance dans les grandes entreprises reste assurément indispensable : les modèles mathématiques de probabilité intégrés aux logiciels de planification budgétaire font partie des fondamentaux qui permettent de simuler et de justifier une prévision financière plutôt qu’une autre.

Pourtant, en tant que Business Partner, le DAF ne peut prendre le risque d’une trop grande rigueur ou d’un trop grand conservatisme. Contribuer au développement de l’entreprise exige de s’inscrire dans une logique de changement : prendre des décisions stratégiques, parfois lourdes de conséquences, nécessite de savoir prendre des risques. L’intuition issue de ses expériences pourrait devenir une source de fiabilité supplémentaire pour ces décisions et les prévisions budgétaires liées.

 

 

 

Le BigData pourrait-il confirmer et légitimer les prévisions budgétaires ?

Mais à l’heure du BigData et de l’Intelligence artificielle, l’enjeu serait-il désormais de confirmer et légitimer ses prévisions budgétaires à partir de données plus riches provenant également de l’externe ? Après tout, le programme d’intelligence artificielle Watson d’IBM se présente comme capable de comprendre, interpréter et prédire de nombreuses situations…

Dès lors, intégrer des données externes sociales, politiques, économiques, météorologiques, démographiques, etc. susceptibles d’influer sur la fiabilité des prévisions budgétaires pourrait être intéressant mais encore faut-il s’assurer de leur qualité. Sans oublier que lorsque les volumes de données deviennent exponentiels, le risque serait assurément de tomber dans l’écueil « trop d’information tue l’information ». Rien n’a donc changé : il faudra toujours faire le tri dans les données car à quoi sert d’en explorer trop si on ne sait pas bien les exploiter ?

 

 

Pour que rigueur et intuitions fassent bon ménage, nous avons synthétisé dans cet Ebook les retours d’expérience de directions financières qui ont fiabilisé leurs prévisions budgétaires. N’attendez pas pour le télécharger :

 

Paul-Henri Lambert

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